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Vendredi 26 septembre 2008
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Une réunion sur l’affaire al-Dura calamiteuse pour France 2
Par Véronique Chemla pour Guysen International News
Jeudi 25 septembre 2008 à 22:05
Le 18 septembre 2008, Arlette Chabot, directrice de l’information de France 2, puis Philippe Karsenty, directeur de l’agence de notation des médias Media-Ratings (M-R.fr), se sont exprimés lors d’une soirée publique sur l’affaire al-Dura, pour la première fois hors de l’enceinte judiciaire, au siège parisien du Mouvement juif libéral de France (MJLF). Une réunion filmée oscillant, au fil des interventions, entre le grotesque, le passionnant, le choquant, le comique et la raison. Aux interrogations légitimes suscitées par le reportage controversé de Charles Enderlin et du cameraman palestinien Talal Abu Rahma sur la « mort de Mohamed al-Dura » diffusé le 30 septembre 2000 par France 2, aux arguments fondés de Philippe Karsenty, Arlette Chabot n’a opposé aucune réponse argumentée. A tort, elle a nié le non-renouvellement de la carte israélienne de presse de Talal Abu Rahma.

Ce fut théâtral à souhait, avec vraies et fausse sorties d’Arlette Chabot, venue accompagnée de trois journalistes de France 2, dont « certains sont de grands reporters, ayant travaillé en Israël, dans les territoires ». Signe d’une « rédaction solidaire ».
Une pièce, parfois houleuse, d’environ trois heures, en trois actes, devant une salle quasi-comble d’environ 150 spectateurs attentifs et respectueux, dont Francis Lentschner, président du MJLF, le rabbin Daniel Farhi, le général Michel Darmon, président d’honneur de l’association France-Israël/Alliance général Kœnig(1) et le journaliste Gil Mihaely.
Le journaliste Antoine Spire annonce, avec gêne, le déroulement de la soirée : Arlette Chabot commentera ses images, puis répondra aux questions posées par la salle et lui-même. Ensuite, elle quittera la salle, car elle « ne souhaite pas écouter Philippe Karsenty » qui présentera sa démonstration et répondra aussi aux questions. Enfin, après « le retour d’Arlette Chabot, nous aurons un débat ». Rires.
Le but d’Antoine Spire : « Savoir quelle est la vérité, donc être le plus rationnel possible ». Un mot – vérité – inscrit en hébreu (« Hemet ») sur un panneau de la salle.

Un prochain « groupe de travail d’experts indépendants »
Quelques heures auparavant, le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) avait annoncé l’accord de Patrick de Carolis, PDG de France Télévisions, pour « la mise en place d’un groupe de travail d’experts indépendants, chargé de répondre, à partir de tous les documents disponibles, aux diverses questions qui se posent » sur les images de la « mort de Mohammed al-Dura »(2). Un groupe qui sera présidé par Patrick Gaubert, président de la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) (3).
« Ce n’est pas une commission d’enquête, car enquête cela veut dire qu’il y a justice, et la justice nous oppose à M. Karsenty », ergote Arlette Chabot.
Les missions de ces experts ? Examiner les cicatrices de Jamal al-Dura et son dossier médical, faire de nouvelles radios, analyser les images (en particulier le timecode)…
« Plutôt que de ressasser les éternels arguments et de scruter les images à l’infini, [Arlette Chabot] veut sortir du fantasme, de l’accusation sans preuve et cherche des faits objectifs nouveaux ». Ainsi, « Jamal al-Dura et des autorités religieuses musulmanes ont donné leur accord sur l’analyse ADN des restes de l’enfant exhumé ». Une exhumation et un test que nul, hormis France 2, ne propose, et dont les résultats, conditionnés par une ADN probante, n’arrêteront pas toutes les polémiques. Alors pourquoi cette analyse ? Peut-être pour contourner le but majeur assigné à cette commission par le Dr Richard Prasquier, président du CRIF, le 2 juillet 2008 : « Il s’agit de déterminer si, le 30 septembre 2000, Charles Enderlin pouvait affirmer, avec les images et informations dont il disposait, que Mohamed al-Dura est mort »(4) .
« Nous souhaitons arrêter cette affaire… et que l’enquête aille jusqu’au bout, et nous nous rangerons au verdict de ces éléments objectifs », promet Arlette Chabot. Et d’ajouter : « Si une faute avait été commise, nous reconnaîtrons la faute. Le bureau de Jérusalem sera fermé dans l’heure qui suivra. Tout le personnel sera licencié. Nous dirons à la TV que nous avons commis une erreur et que nous avons été abusés ». Mais France 2 remettra-t-elle en question sa chaîne de contrôle de l’information ?
Puis Arlette Chabot précise : « En revanche, nous demandons que tout le monde fasse preuve de la même honnêteté, et que si des gens de bonne volonté arrivent à donner des éléments objectifs qui apportent des réponses au maximum de questions… Nous acceptons les réponses. Et nous espérons que tout le monde [les] acceptera, et qu’on en aura fini de cette affaire... Ni la France qui a beaucoup de problèmes, euh, avec ses communautés différentes, ni ce qui se passe au Proche-Orient, personne n’a besoin de rallumer des guerres… mêmes médiatiques qui n’ont pas lieu d’être. C’est très dangereux ».
Les auditions de ces experts seront-elles ouvertes à la presse ? Leur compte-rendu et les résultats des analyses seront-ils publiés ? Ces points, et d’autres, demeurent inconnus.
On pouvait espérer que cet accord entre le CRIF et France 2 augurât une atmosphère pacifiée entre les deux orateurs, prélude à un dialogue.
Eh bien, non, il a fallu vite déchanter. Chacun a campé sur sa position, sans réel dialogue.

« France 2 bidonne ou ne bidonne pas ? » (Arlette Chabot)
Rappelons les faits(5) .
Le 30 septembre 2000, au JT de 20 h, France 2 diffusait un reportage commenté ainsi par Charles Enderlin, son correspondant à Jérusalem, sur des images du cameraman (ou fixer) palestinien Talal Abu Rahma : « 15 heures. Tout vient de basculer près de l’implantation de Netzarim dans la bande de Gaza... Ici, Jamal et son fils Mohamed sont la cible de tirs venus de la position israélienne... Mohamed a 12 ans. Son père tente de le protéger... Il fait des signes... Mais une nouvelle rafale... Mohamed est mort et son père gravement blessé »(6).
Ces images ont circulé dans le monde entier, alimentant la haine et la violence contre les Juifs. « Rien n’a été aussi dévastateur du point de vue de l’image d’Israël que la mort de ce petit Mohamed al-Dura. En réponse à ce crime, deux réservistes israéliens ont été quelques jours plus tard lynchés par des Palestiniens », rappelle Antoine Spire. « J’ai rencontré des mères de famille françaises qui m’ont dit : ’’Mon gosse a payé très cher dans son collège, dans son école, l’affaire al-Dura’’. Je partage cette douleur », déclare Arlette Chabot.
L’incident et ce reportage ont fait l’objet d’enquêtes, notamment du physicien Nahum Shahaf, du réalisateur Pierre Rehov(7), de Stéphane Juffa, rédacteur en chef de la Metula News Agency (ou Mena)(8) , de la journaliste Esther Schapira(9), du psychanalyste Gérard Huber(10), de l’historien Richard Landes(11) et de Philippe Karsenty.
Des doutes ont surgi sur l’authenticité de ces images(12).
En 2004, M. Karsenty qualifiait de ’’mise en scène’’ et ’’supercherie médiatique’’ ces images controversées(13). Condamné en 1ère instance en 2006 pour diffamation sur plaintes de France 2 et de Charles Enderlin(14), il interjetait appel et était relaxé le 21 mai 2008 par la Cour d’appel de Paris en un jugement tançant sévèrement les intimés. Ceux-ci se sont pourvus en cassation(15).
Le Nouvel Obs a publié un appel Pour Charles Enderlin en date du 27 mai 2008 qu’Antoine Spire trouve « particulièrement étrange(17)».

« Une sale affaire »
Troisième directrice de l’information de France 2 à « gérer » cette affaire, Arlette Chabot n’était pas « en fonction à l’époque. Ce qui [lui] donne une totale liberté pour avoir mené et continuer à rechercher le maximum d’informations sur cette… sale affaire ».
« La 1ère polémique, que je n’ai pas gérée, était sur l’origine des balles, ironise-telle. Et quand je suis arrivée il y a quatre ans, on m’a dit : « Ah, c’est formidable ! On va enfin avoir un directeur de l’information qui va dire la vérité : ’’Cette scène est totalement bidon, elle est jouée, et l’enfant n’est pas mort’’ - j’ai même entendu dire qu’il vendait des fruits à Gaza –, ’’et le père n’a jamais été blessé. Tout ceci est une scène qui a été montée’’… J’ai essayé de reprendre les faits. J’ai essayé de mettre un peu de raison et de chercher des faits objectifs dans une affaire qui devenait extrêmement passionnelle, voire irrationnelle, avec des débats interminables ».
Cette affaire, qui l’espère-t-elle ne « sera pas l’affaire de sa vie », elle a été « mal gérée » par ses prédécesseurs. Au fait, comment Arlette Chabot l’a-t-elle « gérée »?
En sélectionnant les happy few – les journalistes Luc Rosenzweig(18), Denis Jeambar et Daniel Leconte(19) – autorisés à découvrir le 22 octobre 2004 les rushes de France 2.
En refusant la communication de ces rushes à l’armée israélienne(20) - même si Arlette Chabot fait « confiance à la démocratie israélienne pour organiser des enquêtes » -, ainsi qu’au président du CRIF(21).
En filtrant les invités de sa conférence de presse du 18 novembre 2004(22). Une décision critiquée par le Syndicat national des personnels de la communication et de l'audiovisuel (SNPCA)(23).
En disqualifiant les partisans de la mise en scène, amalgamés aux révisionnistes ou aux adeptes des théories du complot. Et, pour l’avoir rangé quelque peu au côté de ces derniers, la chaîne Canal +(24) et l’hebdomadaire L’Express(25) sont poursuivis en 2008 pour diffamation par Philippe Karsenty.
Enfin, en adoptant, pour clore tout débat(26), une stratégie judiciaire qui s’est révélée désastreuse pour France 2 (27) : celle-ci avait poursuivi pour diffamation ceux qui ont diffusé, sur des sites Internet, des articles gênants sur cette affaire, et non leurs auteurs. La seule exception, involontaire, a visé Philippe Karsenty et s’est retournée en boomerang contre France 2.
Ainsi, les trois procédures judiciaires lancées par France 2 et Charles Enderlin se sont soldées d’une part par la relaxe d’un prévenu au terme d’une audience ubuesque(28) et, d’autre part, par deux condamnations en 1ère instance des prévenus : l’une, celle de Philippe Karsenty, a été annulée en appel(29) ; l’autre, celle de Charles Gouz, webmaster du site Desinfos.com, a donné lieu à un jugement aux attendus sévères à l’égard de France 2(30).

Et les rushes de France 2 ?
Habilement, Arlette Chabot ne présente pas les 18 minutes de rushes de France 2 en date du 30 septembre 2000, et présentés à la Cour d’appel de Paris le 14 novembre 2007. Et pour cause, c’eut été délicat de montrer 17 minutes de saynètes de guerre et deux interviews de responsables palestiniens, s’achevant par la minute sur les al-Dura et une rue palestinienne sans trace de sang, ni projection de chair, ni les 2 000 impacts de balles israéliennes que n’eussent pas manqués de produire « 45 minutes » de fusillades(31). En 2000, Talal Abu Rahma affirmait que ces rushes duraient 27 minutes. Quid des neuf minutes manquantes dans ces rushes ? « Nous avons donné à la justice l’intégralité des rushes », assène Arlette Chabot(32).
Et voici donc les reportages diffusés par France 2 et TF1 le 30 septembre 2000, par France 2 les 1er et 2 octobre 2000, puis des « rushes décryptés par France 2 » avec des images d’autres cameramen présents audit carrefour le 30 septembre 2000(33).
C’est avec concision, aplomb et calme qu’Arlette Chabot répond aux interrogations d’Antoine Spire et de spectateurs. Seule sa gestuelle – jambes parfois tordues, main cachant une partie du visage - trahit nervosité ou embarras.

Un abîme de questionnements
Arlette Chabot dévide une litanie à donner le vertige.
Elle avance la transparence - « Nous répondons à toutes les questions. Nous n’avons rien à cacher » -, alors que le cameraman palestinien Talal Abu Rahma admettait vers 2001-2002 : « France 2 a ses secrets ».
Pourquoi France 2 a-t-elle donné ces images aux télévisions du monde entier ? C’est normal. Il y a un système d’échanges gratuits internationaux entre toutes les TV. S’il y a un embargo, c’est plutôt vis-à-vis de la concurrence… Quand Charles Enderlin a monté ces images, personne n’a imaginé une seconde l’impact qu’elles auraient », explique Arlette Chabot.
Nidra Poller ironise : arrivé à 7 h, Talal Abu Rahma n’aurait produit en une journée de travail que 18 minutes d’images, en manquant la mort de l’enfant!? « Quelle était la durée de sa cassette ? », demande-t-elle. Arlette Chabot élude, insistant sur l’insuffisance des batteries du cameraman. Mais alors pourquoi Talal Abu-Rahma a-t-il gaspillé ses faibles batteries à filmer tant de saynètes de guerre ?
Antoine Spire exprime son incompréhension : tous les Palestiniens fuient, sauf « ce père palestinien et son fils ». « Le père est très con de rester derrière ce qu’il pense être un abri », note Arlette Chabot.
Les balles « ayant tué Mohamed et blessé Jamal al-Dura » ? Selon Talal Abu Rahma, France 2 les détient. Ce que nie farouchement Arlette Chabot : « Les balles ont été récupérées par les Palestiniens. Si on les avait, je vous promets, on les donnerait ».
« Le débat sur les tirs » ? Arlette Chabot se « fie à la conclusion de la commission d’enquête israélienne, de l’Armée... On ne saura sans doute jamais... Si les Israéliens avaient la preuve que le gamin n’a pas été tué par des Palesti… par des militaires israéliens, je pense que depuis longtemps, pour éviter que ce gamin ne devienne un martyr dans le monde musulman, ils l’auraient fournie évidemment... On nous dit que cette scène est jouée, c’est-à-dire qu’on a mis en scène… Comment on dit ? C’est Hollywood, Pallywood... C’est-à-dire qu’avec la complicité de l’équipe de France 2, on a mis un « acteur » et un enfant qui joue à être blessé… Si c’est une mise une scène, il n’y a plus de problème d’origine des tirs : c’est forcément des balles palestiniennes. Il n’y a que les Palestiniens qui peuvent monter cette opération contre Israël(34) » .
Talal Abu Rahma a déclaré au journal marocain Le Matin, en 2001, qu’il était « venu au journalisme afin de poursuivre la lutte en faveur de son peuple(35) » ? « On peut toujours dire des conneries ! », réplique Arlette Chabot. Huées. Elle persifle avec ironie : « Charles Enderlin peut être journaliste pour défendre la cause israélienne ! Je n’en sais rien » Esclaffement général de la salle. « Cela n’a pas de sens ! Je ne dis pas [que Talal Abu Rahma] n’a pas donné d’interviews dans tous les sens. Cela m’est égal que Talal ait dit des conneries. Il a filmé une scène : nulle ou pas ? »
Ce 30 septembre 2000, Charles Enderlin se trouve en Cisjordanie, et non au carrefour de Netzarim. Il a fait « confiance à Talal avec lequel [il] travaille depuis 12 ans » et a déclaré en 2005 que « l’image [des al-Dura] correspondait à la situation à Gaza et en Cisjordanie »(36). Ancienne co-présentatrice de Jeudi Investigation sur Canal +, et notamment de l’émission sur l’affaire al-Dura qui « établit que l’enfant a été tué par balles », Emilie Raffoul allègue : « L’image [de l’enfant] déclenche une espèce d’hystérie émotive… Si je peux me permettre de le dévoiler, la moitié des journaux télévisés sont faits avec des images qui arrivent de l’extérieur par des journalistes, à l’intérieur des rédactions, qui vont dans des cabines de montage et de mixage, et qui sont, à 50% dans le JT, pas sur place ».
Dans son commentaire, « Charles Enderlin a dit le point de vue de l’armée israélienne le 1er et le 2e jour », estime un des trois journalistes de France 2. Une allégation qui contredit le récit de Luc Rosenzweig - Charles Enderlin « n'obtient pas de confirmation de cet incident du côté israélien, où le porte-parole de Tsahal de service ce jour-là, Yarden Vatikaï, lui répond qu'il va faire une enquête dont il le tiendra informé. Enderlin accuse donc Tsahal de ce crime, car c'en est un aux yeux des lois de la guerre, sans même citer la non-réponse à ses questions des responsables de l'armée israélienne »(37). Et qui n’explique pas le commentaire prudent du JT de TF1, ce 30 septembre 2000.
Si Charles Enderlin « avait été convaincu par les autorités israéliennes de s’être prêté à cette manipulation, il y a longtemps qu’il aurait été expulsé : il y a des journalistes qui ont été expulsés… Un journaliste de France 2, qui je le signale est juif. On l’a accusé d’antisémitisme [brouhaha]... On a dit que Charles Enderlin était antisémite [« Ben oui !» dans la salle]. Il a eu le Prix Goebbels(38) Ah !] ! J’ai eu du mal à comprendre », déclare Arlette Chabot.
Et de poursuivre : « S’il y avait un élément qui permette de… soulager les âmes, de dire : on a la preuve que c’est un montage, que ce sont des balles palestiniennes… Vous pensez que cela n’aurait pas été dit depuis huit ans ? » « Cela a été dit par l’armée israélienne », rétorque Antoine Spire.
« Personne n’a prouvé [que l’enfant] était encore vivant », constate Arlette Chabot. Oui, mais personne, et notamment pas France 2, n’a prouvé qu’il était mort…
Arlette Chabot compare l’affaire al-Dura aux rumeurs sur les attentats islamistes du 11 septembre 2001. « On se repasse les images en boucle… Personne n’a pu démontrer que le 11 septembre, ça n’est pas vrai, que c’est une organisation de George Bush, que ce sont les Juifs [Le Mossad, disent des spectateurs], que le Mossad a fait tomber les tours… Au bout d’un moment il y a un doute permanent ».
« Nous poursuivons toujours ceux qui disent, et n’apportent pas la moindre preuve, que cette affaire est un montage et est totalement bidon », avertit Arlette Chabot. En l’accusant de « manipulation intentionnelle de l’opinion », Serge Farnel, ancien webmaster de l’ex-site Lavéritémaintenant(39), la défie. Arlette Chabot ironise, un peu éberluée.

Un blood libel
« Ces images ont été utilisées, ont eu des conséquences émotionnelles et politiques considérables. Dans le monde entier, ces images représentent la responsabilité israélienne, surtout vis-à-vis du monde arabe… », résume Antoine Spire.
Arlette Chabot interroge à la cantonade : « Et si c’était vrai, est-ce que c’est acceptable ? »
« Que l’armée israélienne ait tué un enfant ? Non, c’est insupportable, pour nous tous ! », répond Antoine Spire.
« Mais est-ce que cette version, si elle pouvait être… confirmée, c’est ça mon problème, en admettant, il y a eu combien d’enfants depuis que cette affaire al-Dura existe ? C’est la 1ère fois qu’un enfant qui ne jette pas de pierres, qui est tué, et qu’a priori on se dit que peut-être ce sont les Israéliens, que peut-être ce ne sont pas les Israéliens ? Et si ce sont les Israéliens, est-ce que c’est supportable ? Est-ce qu’on peut l’accepter ? » Brouhaha. Un spectateur : « La question n’est pas là ».
« C’est la guerre ! Il y a des gamins israéliens qui se font tuer dans des attentats par des bombes de Palestiniens ». Brouhaha.
« Je pose juste la question ». Brouhaha. Une voix : « Vous avez dit que… l’enfant palestinien a été… volontairement assassiné. Ce n’est pas la même chose ».
En fait, la question d’Arlette Chabot touche à la déontologie de Tsahal(40), et à un point particulièrement sensible : l’accusation millénaire non fondée portée contre les Juifs de commettre des crimes rituels (blood libel)(41) . L’image des al-Dura a réactivé « le stéréotype du Juif tueur d’enfants » (Pierre-André Taguieff)(42), et ce, dans le cadre d’un jihad mondial.
Antoine Spire souligne la responsabilité du correspondant de France 2 à Jérusalem : « Quand on voit les conséquences de cette image et qu’on la rapporte au commentaire de Charles Enderlin disant sans avoir de preuve : ’’Ce sont les Israéliens qui ont tué cet enfant’’. On se rend compte que là, il y a une question qui est posée : comment est-ce possible ? »
« S’il y avait une preuve que ce n’est pas le cas, personne ne l’aurait dit depuis huit ans bientôt ? Il y a une preuve en Israël ? On rouvre une enquête ? Je ne demande pas mieux. Je suis ouverte à toutes les enquêtes », dit Arlette Chabot avant de reconnaître : « Quand on sait, compte tenu de la charge émotionnelle [de ces images], on ne l’aurait pas diffusée ».
Et de se définir comme « probablement la plus pro-israélienne de la salle », suscitant des « Ah ? Oh ! » du public.
Et d’ajouter : « Compte tenu de la charge émotionnelle qui montre une vérité… extrêmement difficile à supporter. Autant que cela doit être difficile à supporter, en tout cas j’aimerais l’espérer, pour des Palestiniens de voir des enfants israéliens couverts de sang, morts dans un attentat kamikaze ». Brouhaha.

Talal Abu Rahma sans carte de presse israélienne depuis 2001
« Je signale que Talal n’est absolument pas fiché dans les services israéliens. Il n’y a aucun dossier contre lui. Talal n’est pas du tout tricard puisqu’il peut quitter Gaza via Tel-Aviv, et comme il a des petits problèmes de santé, et vient se faire soigner en Europe depuis des années. Si c’était un imposteur ou un salopard, j’espère que les autorités israéliennes depuis longtemps ne lui donneraient pas de visa de sortie pour se faire soigner en Europe. Il n’est pas au service des Palestiniens. Il collabore à France 2 depuis des années », fanfaronne Arlette Chabot.
« Daniel Seaman, directeur du Bureau gouvernemental israélien de presse (GPO)(43), a déclaré que Talal Abu Rahma n’avait pas vu sa carte de presse renouvelée depuis 2001 car il avait mis en scène des reportages. France 2 est-elle au courant ? Pourquoi France 2 garde-t-elle ce cameraman », s’enquiert l’auteur de ces lignes.
« C’est faux ! L’autorisation existe toujours. [Talal Abu Rahma] continue à travailler, il continue à circuler, il continue à venir, à sortir d’Israël », tranche sèchement Arlette Chabot, qui répète une 2e fois : « C’est faux. On ne va pas faire un débat là-dessus. C’est faux ». En fin de soirée, Arlette Chabot persiste : Talal Abu Rahma « continue à travailler à Gaza avec une carte de presse ».
Or, en mars 2008, Nidra Poller, pour The Wall Street Journal Europe (WSJE), et Guysen informaient, via Internet, Arlette Chabot des déclarations de Daniel Seaman. Le courrier électronique de Nidra Poller était transmis à Charles Enderlin.
Le 4 mars 2008, celui-ci demandait à Glenys Sugarman, une responsable de l’Association de la presse étrangère (FPA) à Tel-Aviv(44), par courriel envoyé en copie à Arlette Chabot et à Nidra Poller, de confirmer que « toutes les cartes de presse accordées par le GPO aux employés palestiniens des médias étrangers n’avaient pas été renouvelées par Daniel Seaman après le début de l’Intifada ». Curieusement, quelques jours auparavant, Charles Enderlin affirmait à la Cour d’appel de Paris que Talal Abu Rahma disposait de cette carte de presse…
« Je n’ai pas reçu de réponse de Glenys Sugarman. En 24 heures, Charles Enderlin et moi avons échangé environ cinq courriels sur ce thème. Arlette Chabot était en copie de nos messages », confie Nidra Poller à Guysen, le 24 septembre.
Le 19 septembre, Daniel Seaman rappelait à GIN-Paris : « Talal Abu Rahma n'a pas la carte de presse du GPO qui est la seule carte de presse officielle reconnue en Israël(45) . Il n'en recevra aucune, sous aucune circonstance. Il n'a pas un permis de travail et n'est autorisé à se rendre en Israël que pour des raisons humanitaires, pour un traitement médical selon les dires de France 2. S’il travaillait, ce serait illégal. Les propos d'Arlette Chabot risquent de porter atteinte à ses relations avec les autorités israéliennes… Ce serait honteux de sa part de m’accuser de mentir » (Nda : Daniel Seaman a mis en caractères gras ces termes).
Ce même jour, et à la demande de Daniel Seaman, Arlette Chabot était informée de la teneur de ce message, et invitée à confirmer ou infirmer ses allégations.
Le 21 septembre, Charles Enderlin écrivait sur son blog : « La réalité est : Talal Abou Rahmeh s'est vu retirer sa carte en même temps que tous les employés palestinien de la presse étrangère(46) » .
GIN publiera la réponse d’Arlette Chabot dès réception.

Incohérences et invraisemblances des images et dires des protagonistes
Après le départ volontaire des quatre représentants de France 2, Philippe Karsenty liste les invraisemblances et incohérences des témoignages des protagonistes et des rushes montrés à la Cour d’appel de Paris(47). Il dénonce un « bidonnage par les images, le discours et le bruitage de la bande son ».
A plusieurs reprises, le public s’esclaffe, voire s’exclame : « C’est incroyable ! »
Les sources de Philippe Karsenty : « Associated Press, Reuters, la chaîne publique allemande ARD qui collabore généralement avec France Televisions et des documents internes à France 2 ».
Combien de cameramen au carrefour de Netzarim ? Talal Abu Rahma en est sûr et certain vers 2001 : « Il n’y avait personne d’autre que le père et le fils ». « Avec Talal, il y avait au moins 4 caméras », estime France 2 en 2008, dont trois cameramen derrière l’adulte et l’enfant.
Une ambulance arrive si vite – 2 secondes et demie – secourir un Palestinien qu’elle a du démarrer avant le moment exact où il a été blessé à la jambe.
La position israélienne ? Dans un courrier du 10 septembre 2007 adressé à Charles Enderlin et Patrick de Carolis, le colonel Shlomi Am-Shalom, adjoint du porte-parole de Tsahal, a écrit : « Une enquête diligentée peu après par le chef du commandement sud, le général Yom-Tov Samia, a établi qu’un certain nombre de faits ne cadraient pas avec ce qui avait été décrit dans le reportage de France 2… L’analyse de toutes les données sur le terrain, l’emplacement de la position de Tsahal, les angles de tir, l’emplacement du père et de son fils derrière un tonneau leur servant d’abri, la fréquence des tirs, les angles de pénétration des balles dans le mur placé derrière le père et le fils ainsi que le timing de l’évènement, rendaient hautement improbable que les tirs ayant soi-disant atteint le père et son fils aient pu être tirés par les soldats de Tsahal se trouvant dans cette position… Etant donné que nous sommes bien conscients de tentatives de mises en scène médiatisées, et comme un doute s’est insinué à cet égard envers le dit reportage, nous demandons les prises de vue en question afin de découvrir la vérité et de mettre un terme à cette affaire»(48). Une demande à laquelle France 2 et Charles Enderlin n’ont pas accédé. Philippe Karsenty déplore l’inintérêt de certains responsables de Tsahal et, plus généralement, celui de dirigeants israéliens pour une affaire qui « n’est pas dans leur agenda politique ». Et, surtout, anecdote à l’appui, il est navré que les Israéliens ne se défendent pas mieux sur le terrain de la bataille des images(49).
Talal Abu Rahma a allégué « 40 impacts de balles sur le mur ». Jean-Claude Schlinger, expert balistique près la Cour d’appel de Paris, en a compté huit(50).
L’origine des tirs ? Talal Abu Rahma a affirmé sous serment, le 3 octobre 2000, au Centre palestinien des droits de l’homme : « L’enfant a été tué intentionnellement et de sang-froid par l’armée israélienne(51) » ; mais il s’est rétracté le 30 septembre 2002 dans un fax adressé à France 2 Jérusalem : « Je n’ai jamais dit à l’Organisation palestinienne des droits de l’homme à Gaza que les soldats israéliens avaient tué intentionnellement et en connaissance de cause Mohamed al-Dura et blessé son père ». Pour Charles Enderlin et Jamal al-Dura, Tsahal est responsable(52) ; quant à Arlette Chabot, elle est convaincue qu’on ne saura jamais la provenance des tirs.
Quant aux autres témoins présents au carrefour de Netzarim, leurs témoignages fantaisistes ne sont corroborés ni par les images ni par la carte des lieux. Citons, for fun (Nda : pour s’amuser), Iyad Azzeim, cameraman pour Abu Dhabi TV : « Il y avait des hélicoptères, des snipers israéliens qui tiraient des missiles antitanks sur le poste de sécurité palestinien ». Faut-il que les Israéliens soient incompétents pour user de missiles antitanks de manière inappropriée ! Selon l’ambulancier Youssef Khadra, « il y a eu des tirs directs sur le merlon où [les al-Dura] se cachaient. Le merlon de béton derrière lequel ils se trouvaient était plein de trous… Il y avait un avion qui tirait d’en haut. Le camp militaire israélien se trouvait exactement en face d’eux ».
Les blessures de Jamal al-Dura ? Sur son lit d’hôpital, il porte un plâtre saignant au bras indemne la veille de toute blessure.
Ses cicatrices longues et fines ? Il s’agit de cicatrices d’opérations, et non de blessures par balles selon le Dr Yehuda David(53), spécialisé dans la microchirurgie réparatrice. Ce chirurgien a opéré à l’hôpital Tal HaShomer de Tel Aviv, en 1994, Jamal al-Dura, blessé en 1992 à l’arme blanche par des Palestiniens qui le soupçonnaient de collaboration(54).
Quelle partie du corps de l’enfant a été atteinte par balles ? Au fil des années, c’est la jambe gauche, puis le genou droit. Et en février 2008, France 2 annonce une blessure à la tête. Rien de tel n’apparaît sur les images controversées.
« J’ai coupé l’agonie de l’enfant. C’était trop insupportable », déclarait en octobre 2000 Charles Enderlin(55) . Or, cette scène ne figure pas dans les rushes de France 2.
Déclaré mort par Charles Enderlin, l’enfant soulève, de manière étonnante, son coude, regarde la caméra, et maintient ses pieds au-dessus du sol.
Aucun des moments critiques – instants où les al-Dura sont atteints par balles, décès de l’enfant – n’a été filmé. Talal Abu Rahma aurait manqué de batterie pour sa caméra. Mektoub (Nda : en arabe, c’était fatal) ! « Si ce n’était pas si grave, j’en rirais », soupire un spectateur.

Le « courage » d’Arlette Chabot
Arlette Chabot se trouve dans une situation délicate : si elle décline l’invitation à débattre sur cette affaire, elle risque de donner l’impression de vouloir cacher des faits ou de craindre le débat ; si elle l’accepte, elle entre dans un débat qu’elle alimente par ses déclarations.
Nombreux, ce soir-là, louent son « courage » d’avoir accepté l’invitation.
Il convient cependant de ne pas galvauder les mots, ou en tout cas les relativiser.
Le courage, c’est le journaliste juif américain Daniel Pearl qui en a fait preuve en enquêtant sur le terrorisme islamiste au Pakistan. Au risque de sa vie. Dans la vidéo de son assassinat barbare, la tête tranchée, a été incrustée l’icône médiatique du jihad, à savoir l’image du petit Mohamed blotti contre Jamal al-Dura.
De plus, avec Francis Lentschner, Antoine Spire veille à maintenir la courtoisie, à l’égard de cette directrice de l’information, d’un public poli, dépourvu de grenade et bazooka.
Enfin, il obtient en dernière partie de soirée le silence de l’impétueux Philippe Karsenty.

Une soirée instructive
« Bidonnage ou pas…, ne serait-il pas normal de faire une émission sur France Télévisions, à 20 h 30, pour dire il y a un doute… sur la provenance des balles ? », interroge Me Stéphane Haddad(56). Refus net d'Arlette Chabot pour qui la question du « bidonnage est fondamentale ».
Pourquoi la directrice de l’information de France 2 a-t-elle amené trois journalistes, étrangers à l’affaire, dont deux sont demeurés silencieux, et non Talal Abu Rahma ou Charles Enderlin, présent trois jours plus tôt, le 15 septembre, sur la scène du théâtre du Chatelet (Paris), lors de la soirée pour « défendre le service public »(57) ?
Et pourquoi ? Et pourquoi ?... Les questions n’en finissent pas.
Face à un public qui ne lui est majoritairement ni acquis ni hostile, drapée dans la vertu outragée, posant en défenseur de l’honneur de France 2, Arlette Chabot élude. Déplace le débat. Exhorte à des « faits objectifs », mais écarte ceux gênants pour France 2, les banalise ou leur oppose l’indifférence. N’explique pas rationnellement les invraisemblances et contradictions entre les dires de Charles Enderlin, Jamal al-Dura et Talal Abu Rahma, et les images controversées. Fait preuve d’une étrange attitude : refusant la conclusion (bidonnage), elle balaie d’un revers de main toutes les prémisses, tout le faisceau d’indices concordants aboutissant logiquement à une mise en scène de Pallywood, cette industrie audiovisuelle de la propagande palestinienne qui transforme la rue palestinienne en studio à ciel ouvert, traversé à pied, en bicyclette, en voiture ou en ambulance par autant de premiers rôles et figurants potentiels ou spectateurs complaisants. Et elle révèle ainsi les limites d’un discours immuable depuis des années et producteur d’interrogations abyssales.
Donc, entre une rhétorique sur le registre de la déclamation et un raisonnement étayé de faits et d’analyses, y’a pas photo !
C’est sous des applaudissements nourris qu’Arlette Chabot, et son équipe, ainsi que Philippe Karsenty, sortent de la salle.
Acta est fabula(58).






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